Le legacy des Quitania

Une femme, dix générations

07 juin 2008

A7 - Un coup de pouce inattendu

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Après une nuit agitée, pleine de cauchemars dans lesquels mon ex-collègue Abdel me poursuivait, armé d'une lettre de licenciement, en me demandant le mot de passe pour la machine à café, je n'avais pas très envie de quitter mon lit. Ce qui alarma Elliott, avec qui j'avais pris l'habitude de discuter quelques minutes tous les matins lorsqu'il passait me déposer le journal.

- Oh oui t'es un beau pépère Osiris... quel gentil chat-chat tu es...
- RRRRrrrrrrRRRRRRrrrrrrrRRRRRrrrrrrr
-
Oh ça ronronne ça madame... mais elle est où ta maîtresse, hein ? Oh, vous êtes toujours au lit mam'zelle ? Vous vous sentez pas bien ce matin ?
- Non Elliott... enfin, si... mais non...

Et je lui ai tout raconté. Il est sympa, cet Elliott. Je sais bien que tout Simté-Ardente sera au courant de mes déboires avant la fin de la matinée, parce qu'il ne sait pas tenir sa langue, mais je m'en fiche : c'était tellement agréable d'avoir une oreille compatissante !

Il a écouté mes lamentations avec gravité, m'a tendu son mouchoir quand j'ai commencé à jouer les fontaines, puis a tenté de me consoler.

- Vous savez mam'zelle, c'est pas si grave... je veux dire, du travail, il y en a, à Simté-Ardente, pour ceux qui sont pas feignants. Par exemple, mon beau-frère se donne un mal fou pour trouver une assistante pour sa boîte, parce que les horaires sont assez contraignants...
- Et il s'appelle comment ton beau-frère ?
- Julien Desmarais.
- Julien Desm... mais ce n'est pas le meilleur ennemi d'Adrien Sims ? Celui dont mon cher ex-patron dit : "Il voudrait être mon double, il n'est au mieux que mon reflet" ?
- Oui, c'est lui ! Ils s'apprécient pas du tout, mais surtout ils ne se ressemblent absolument pas : c'est le jour et la nuit, tous les deux ! Tout le monde sait bien que le chef de la police de Simté-Ardente est un timbré fini qui s'entoure de malades comme lui !
- Ah ?
- D'ailleurs, sans vouloir vous vexer, mam'zelle, je me demandais bien ce que vous pouviez faire dans la police ! Vous avez l'air tellement normale, enfin sauf que vous avez pas de maison, mais je suis sûr que c'est pas de votre faute.
- Merci Elliott...
- Nan c'est sincère vous savez ! Tenez, je vais même vous donner le numéro de téléphone direct de Julien... Z'avez qu'à lui dire que vous téléphonez de ma part pour le poste de standardiste.

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Bon. Je dois avouer que me prendre une petite leçon de vie et de courage par Elliott, ça m'a fait un bien fou. Après tout, ce n'est pas parce que je me suis fait virer comme une malpropre de la police que je ne suis pas capable de trouver un nouveau boulot.

Même si j'ai tremblé comme une feuille quand j'ai composé le numéro de téléphone de ce Julien Desmarais.

- Allô ?
- Monsieur Desmarais ?
- Lui-même. Qui est à l'appareil ?
- Aliénor de Quitania. C'est Elliott Morvan qui s'est permis de me donner votre numéro et...
- Oh ? Elliott ? Très bien, je vous écoute.
- Et bien, je suis à la recherche d'un emploi et Elliott m'a informé que votre société souhaiterait embaucher une standardiste...

Suivirent toute une série de questions sur mes compétences et ma motivation. Apparemment mes réponses ont paru le satisfaire puisque rendez-vous a été pris demain matin, chez moi, pour discuter du poste et de mon contrat de travail !

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Et c'est un Julien Desmarais qui ne ressemble absolument pas à ce que j'avais imaginé qui a sonné à ma "porte" le lendemain.

- Bonjour mademoiselle, je suis Julien Desmarais.
- Bonjour !
- Ne vous étonnez pas de ma tenue, je fais un jogging tous les matins et je me suis permis de passer vous voir avant de m'y mettre !

Et voilà. Après un mini-entretien au cours duquel il m'a félicité pour mon élocution et ma tenue au téléphone, me voici embaucher dans sa société, ou plutot son lobby, comme standardiste. Car Julien Desmarais ne rêve que de devenir Maire et se prépare déjà aux prochaines élections. Je n'ose imaginer un monde où Adrien Sims serait chef de la police, et Julien Desmarais maire de la ville...

En attendant, je dois une fière chandelle à Elliott et à son coup de pouce inattendu !

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D'ailleurs, j'ai rapidement eu ma première promotion en devenant officiellement membre du lobby de Julien en tant qu'assistante du chargé de communication. Apparemment j'ai une voix apaisante et qui inspire confiance au téléphone. Je dois avouer que les heures que j'y passais avec mes ex-amies quand j'étais plus jeune et plus riche y sont sans doute pour quelque chose.

Parlons-en, des ex-amies. Depuis que mon père m'a renié, il n'y en a pas une qui m'a donné signe de vie. J'ai tenté d'en contacter quelques unes, et je suis chaque fois tombée sur un majordome de moins en moins aimable, ou une mère qui m'interdisait de rappeler, ou un jeune frère cassant qui m'a carrément demandé ce que ça faisait d'être pauvre et seule !

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Ensuite, grâce à cette promotion rapide et à l'argent que j'ai pu mettre de côté, j'ai pu me faire construire une maison juste avant l'hiver. Enfin, une maison... une maisonnette plutôt. Une cabane même. Qu'importe. J'ai des murs et un toit, et j'en suis extrêmement fière. C'est grâce à mon travail, et mon travail seul, que j'y suis parvenue. J'avais les larmes aux yeux en contemplant les résultats de mes mois d'effort.

J'ai désormais davantage confiance en moi. J'ai réussi à me tirer d'une situation presque désespérée, et je sais que je n'en suis qu'aux premiers pas. Ma cabane ne pourra que s'embellir et s'améliorer avec les temps et les efforts nécessaires. Tout comme ma vie.

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Et puis enfin, j'ai pu régler les quelques dettes que j'avais pu faire au tout début de mon installation pour aménager ma maisonnette. Là aussi mes efforts n'auront pas été vains. J'ai su convaincre ma banque de m'accorder un prêt, l'assumer et le rembourser. Pour moi, à qui auparavant il suffisait de faire appel à la carte de crédit magique de mon père, c'est un énorme pas en avant. J'ai appris à gérer un budget.

Malgré tout, cette réussite professionnelle et financière, si elle m'a donné confiance en moi, ne suffit pas à masquer mon immense sentiment de solitude. Tous ces efforts, je les ai fait pour moi, mais leur aboutissement n'aurait-il pas été encore plus gratifiant si j'avais eu quelqu'un auprès de moi pour traverser l'épreuve et savourer la victoire ?

Commentaires

Bravo Aliénor ! continue, tu es bien partie... mais ne te fais pas virer, hein ?

Posté par Lorraine54, 08 juin 2008 à 11:23

J'étais sûre que comme les chattes,elle ne pouvait que retomber sur ses pattes !

Posté par NickyLones, 08 juin 2008 à 14:07

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